Ottawa échoue sur les politiques climatiques, dit un chien de garde

Le commissaire à l’environnement, Jerry DeMarco, affirme qu’un prix sur les émissions de carbone est un outil essentiel pour l’action climatique, mais que le Canada doit faire plus pour s’assurer qu’il est juste et équitable. DeMarco a également critiqué le gouvernement pour ne pas avoir mis en place un plan visant à aider les travailleurs de l’énergie à passer des emplois dans les combustibles fossiles aux technologies propres.

La Presse canadienne

Ottawa ne respecte pas les principales politiques climatiques et surestime peut-être l’efficacité des autres, selon une série de nouveaux rapports du commissaire fédéral à l’environnement qui mettent en doute la crédibilité du gouvernement libéral en matière de plans et de projections de réduction des émissions.

Pris ensemble, les cinq rapports publiés mardi par le commissaire à l’environnement et au développement durable Jerry DeMarco brossent le tableau d’un gouvernement qui lutte pour exécuter des aspects critiques de son programme climatique. Les rapports couvraient les domaines suivants : la transition des travailleurs loin des industries des combustibles fossiles, l’écologisation des opérations gouvernementales, les infrastructures résilientes au climat, l’hydrogène et la tarification du carbone.

M. DeMarco a souligné la désorganisation dans plusieurs ministères, un manque de données et de rapports, des « hypothèses irréalistes » liées à la stratégie canadienne de l’hydrogène et des décisions de financement douteuses. Dans un cas, les dollars fédéraux distribués dans le cadre d’un programme destiné à soutenir les communautés touchées par la transition de l’électricité au charbon ont en fait été utilisés pour rénover une propriété d’un collège afin de fournir des logements d’été aux travailleurs saisonniers du Canada atlantique.

«Le gouvernement canadien doit être plus franc et transparent dans ses efforts», a déclaré M. DeMarco aux journalistes après le dépôt de ses évaluations mardi matin à la Chambre des communes. “Ils doivent faire suivre leurs paroles d’actions.”

Les rapports du commissaire font suite à une vague de promesses de dépenses fédérales visant à étendre les programmes climatiques existants et à en créer de nouveaux pour l’hydrogène propre ainsi que la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CCUS). En plus du plan de 9,1 milliards de dollars d’Ottawa visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % sous les niveaux de 2005 d’ici la fin de la décennie, le gouvernement a inclus dans le dernier budget une série de crédits d’impôt et un nouveau fonds d’investissement de 15 milliards de dollars pour mobiliser des capitaux privés pour aider le pays à atteindre ses objectifs climatiques.

La réalisation de ces objectifs nécessitera des changements radicaux : dans son rapport publié l’automne dernier, M. DeMarco a déterminé que le Canada avait le pire bilan d’émissions du G7 depuis la conclusion de l’accord de Paris sur le climat en 2015. L’accord de Paris vise à maintenir le réchauffement climatique à pas plus de 1,5 C au-dessus des niveaux préindustriels.

Alors que les émissions de gaz à effet de serre du Canada ont chuté de 9 % au cours de la première année de la pandémie, les réductions ont été principalement dues à la récession de la COVID-19 et à la baisse des déplacements routiers et aériens en raison des fermetures provinciales. Les émissions devraient rebondir dans le prochain rapport d’inventaire du Canada à l’ONU.

La tarification du carbone est trop dure pour les groupes autochtones et les petites entreprises, trop faible pour l’industrie : commissaire à l’environnement

Le record d’émissions du Canada est le pire du G7, selon le commissaire fédéral à l’environnement

Les cinq audits de M. DeMarco couvraient des périodes différentes, mais la plupart portaient sur une période allant d’un certain point en 2017 ou 2018 à l’automne ou à l’hiver 2021. Le rapport sur l’hydrogène couvrait la période du début décembre 2019 à la mi-janvier de cette année. .

En ce qui concerne la tarification du carbone, le commissaire a constaté des problèmes avec les systèmes d’Ottawa mis en place pour ajouter un coût à la pollution par le carbone pour les consommateurs, ainsi qu’un deuxième système qui s’applique aux plus gros pollueurs du pays. Si une province ou un territoire n’élabore pas son propre plan de tarification du carbone, ou s’il est inférieur à la norme fédérale, il doit adopter un « filet de sécurité » qui applique le prix minimum au moyen des taxes fédérales.

M. DeMarco a constaté qu’Ottawa avait approuvé une mosaïque de systèmes au niveau provincial qui menait à des normes plus faibles pour certains grands émetteurs. Il a cité l’Ontario comme exemple d’une province avec un système de grands émetteurs « relativement faible ». La conception du programme des grands émetteurs, a-t-il dit, sape le principe du « pollueur-payeur ».

Dans le cas du prix du carbone à la consommation, M. DeMarco a déclaré que les groupes autochtones et les petites entreprises sont touchés de manière disproportionnée par la politique, malgré les tentatives du gouvernement pour alléger le fardeau. J’ai constaté que les systèmes de Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Nouveau-Brunswick ne respectent pas les normes fédérales.

Le ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, a déclaré aux journalistes mardi que son gouvernement négociait avec les provinces et les territoires pour rendre plus strict le système de tarification du carbone pour les gros pollueurs. Le gouvernement, a-t-il dit, prévoit d’ajouter plus de certitude et « d’équité » à la tarification du carbone partout au Canada.

Le rapport du commissaire sur l’hydrogène a révélé que le gouvernement fédéral a probablement exagéré le rôle que l’élément chimique peut jouer dans la réalisation des objectifs d’émissions du pays pour 2030. M. DeMarco a noté que la réduction des émissions projetée par Ressources naturelles Canada grâce aux technologies de l’hydrogène propre est trois fois supérieure à la réduction de 15 mégatonnes prévue par Environnement Canada. Les projections du ministère des Ressources naturelles étaient si optimistes qu’elles ont compromis la crédibilité de la stratégie fédérale de l’hydrogène, a constaté M. DeMarco.

Depuis la fin de la période de vérification du rapport, le gouvernement s’est engagé à mettre en place des crédits d’impôt pour les investissements dans les technologies propres et le CCUS. Dans une interview mardi, M. DeMarco a déclaré que ces nouvelles politiques améliorent l’économie de l’hydrogène, mais qu’il reste d’autres éléments des hypothèses du gouvernement qui doivent être pris en compte, notamment le développement technologique et les besoins en infrastructure.

Dans une entrevue accordée au Globe and Mail à Edmonton mardi, le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson, a déclaré que la stratégie du gouvernement en matière d’hydrogène se voulait ambitieuse. “C’est directionnel,” dit-il. “Il définit essentiellement une direction quant à l’endroit où nous voulons aller.”

Le commissaire s’est également penché sur la question d’une « transition juste », qui fait référence à la promesse du gouvernement de soutenir les personnes touchées par l’abandon des combustibles fossiles et de minimiser l’impact économique de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. En 2016, les libéraux ont annoncé une accélération de l’élimination progressive de l’électricité traditionnelle au charbon au Canada d’ici 2030 – une décision qui touche principalement les travailleurs de l’Alberta et de la Saskatchewan, mais aussi du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Bien que Ressources naturelles Canada ait été nommé ministère responsable de la prestation juste transition législation en 2019, M. DeMarco l’a dit “a pris peu de mesures jusqu’en 2021” et n’a pas encore introduit la loi. Divers ministères et agences régionales ont utilisé une «approche de statu quo» et «se sont appuyés sur des mécanismes de programme existants qui n’étaient pas conçus pour soutenir une transition juste», a constaté le commissaire.

Soulignant l’effondrement de la pêche à la morue du Nord dans les années 1990 et ses effets sur la main-d’œuvre à Terre-Neuve-et-Labrador, M. DeMarco a exhorté Ottawa à mener une analyse pour voir quels politiques et programmes devraient être renforcés pour soutenir une transition loin des combustibles fossiles.

M. Wilkinson a souligné que son gouvernement n’éliminait pas complètement l’utilisation des combustibles fossiles. Le monde utilisera encore du pétrole et du gaz dans les décennies à venir, a-t-il dit, mais au lieu de le brûler, il sera utilisé dans des choses telles que les lubrifiants, la pétrochimie ou l’asphalte.

“Je pense que parfois, dans ce pays, nous entrons dans l’idée que les combustibles fossiles sont en quelque sorte l’ennemi du changement climatique”, a-t-il déclaré. “Mais ce sont en fait les émissions de carbone qui sont l’ennemi du changement climatique.”

chez Mr DeMarco deux autres rapports centré sur « l’écologisation du gouvernement » et les infrastructures résilientes au changement climatique. Sur le premier, M. DeMarco a constaté que plusieurs ministères n’ont pas fait assez pour rendre leurs opérations plus durables sur le plan environnemental. Sur ce dernier point, j’ai déterminé qu’Infrastructure Canada ne dispose pas de suffisamment d’informations pour juger si les projets prêts pour le climat financés par le gouvernement fédéral se traduisent réellement par des infrastructures plus résilientes.

Avec un reportage d’Emma Graney à Edmonton

Votre temps est précieux. Recevez la newsletter Top Business Headlines dans votre boîte de réception le matin ou le soir. Inscrivez-vous aujourd’hui.

.

Leave a Comment